26 juillet 2007
Le Café Pronto
J'aime venir écrire au Café Pronto, dans le quartier de Shinjuku, non loin du Tokyo Metropolitan Government. La déco y est à la fois sobre et chaleureuse. Les tables, le plafond et les murs sont en bois sombre. Les fauteuils sont confortables. La musique jazzy et l'éclairage tamisé contribuent à l'ambiance feutrée et cosy de l'endroit. D'un côté, la salle principale, près de l'entrée et du comptoir; de l'autre, vers le fond du café, des box de tailles diverses délimités par des parois de verre. Ces box semi-fermés sont destinés aux fumeurs, mais je les préfère à la salle car plus intimes. La carte des boissons et des plats est variée et assez qualitative, d'inspiration italienne avec une touche japonaise. Les prix sont raisonnables. Mon habitude en cette saison caniculaire: un grand café glacé, sucré avec une sorte de sirop blanc transparent dont je ne saurai jamais vraiment de quoi il s'agit (c'est marqué "Gum syrup" sur la dosette). Le personnel est bien sûr très aimable et serviable - est-il encore besoin de le préciser?
C'est avec plaisir que je fais découvrir l'endroit à Pierre aujourd'hui. Nous nous installons dans le plus grand box, où un grand écran plat diffuse le film Harry Potter et l'Ecole des Sorciers (sans le son). L'ordinateur portable de Pierre prenant plus de place que mon carnet, nous envisageons de squatter deux tables au lieu d'une. Le personnel du café nous en tiendra-t-il rigueur? Que nenni: au contraire, la serveuse nous aide à rapprocher les deux tables avec le plus grand sourire, avant de prendre notre commande. Pierre déplie son 17 pouces tandis que je reprends mes notes. Nous travaillons ainsi tout l'après-midi, super peinards, tandis qu'autour de nous, les clients du café se succèdent. A aucun moment, les serveurs ne nous pousseront à prendre une consommation supplémentaire. Je n'imagine pas cela possible dans un café parisien, où le garçon aurait tôt fait de nous déloger non sans nous avoir fusillés du regard!
Après cette séance fructueuse, nous retournons dans notre cantine de la rue Kagurazaka - le restaurant Jonathan's - puis nous terminons la soirée devant les DVD de Rome, la série télé britannique, jusqu'à trois heures et demi du matin. Pierre, qui est encore insomniaque, ne s'endormira pas avant l'aube...
25 juillet 2007
Kagurazaka Matsuri et tambours japonais
Vous ai-je déjà parlé en détails de la rue Kagurazaka, la Petite France de Tokyo bordée de lampions rouges, avec ses artisans, ses petits commerçants souriants, ses temples, ses cafés, ses boulangeries, ses maisons de thé où officient encore des geisha, tout cela à dix minutes en métro des gratte-ciels de Shinjuku? Nous n'aurions pas pu mieux tomber dans le catalogue d'appartements de Sakura House! La rue est piétonnière le dimanche. Tous les soirs, de la musique traditionnelle est diffusée par haut-parleurs, donnant l'impression qu'une fête se tient dans les environs, contribuant à la douceur de vivre et plongeant le promeneur dans une humeur pensive et nostalgique. Pour un peu, on se croirait dans un parc à thèmes! ![]()
Aujourd'hui commence le matsuri annuel de danse folklorique Awa odori de la rue Kagurazaka. Les danses auront lieu après-demain, mais les festivités s'ouvrent ce soir autour du temple bouddhiste Zenkoku-ji. De nombreuses Japonais ont revêtu un yukata pour l'occasion, qui donne aux femmes une silhouette gracieuse et aux hommes une allure décontractée. Je ne me lasse pas d'admirer le charme des coutumes japonaises qui ont réussi à survivre au 21ème siècle. Pourvu que ça dure!
Les stands de nourriture sont pris d'assaut par la foule serrée sur les trottoirs: brochettes, saucisses, nouilles sautées, glace pilée... Nous achetons des barquettes de yakisoba et consommons notre repas comme tout le monde, dans l'enceinte du temple. C'est la fête!
A gauche de l'entrée du temple, une scène surélevée a été aménagée. Un jeune homme prend le micro. Nous ne comprenons pas ce qu'il dit, mais visiblement un spectacle va commencer. Nous nous rapprochons pour mieux voir. C'est un concert de tambours japonais (taiko)!
"One, two... one, two, three, four!" Dès les trois musiciens se mettent à frapper leurs instruments, nos tripes vibrent, la musique nous interpelle au plus profond de notre corps. On est à la fois dans l'explosion sauvage, l'expulsion par le cri que lancent parfois les musiciens dans leur fougue, et dans la maîtrise par le rythme et la coordination des tambours et des cymbales. Les trois musiciens sont souriants, haletants, ils semblent heureux de jouer et se donnent entièrement. Parfois, l'un d'eux se renverse en arrière, se plie presque à genoux tout en continuant de frapper avec intensité. La foule applaudit son solo, siffle de plaisir, crie "Encore!" en français tout en battant des mains. Au fur et à mesure, les trois jeunes hommes se dévêtissent, montrant leur dos et leurs muscles en sueur. C'est éminemment ethnique et festif. Deux choses m'étonnent: le contraste entre cette explosion d'énergie et l'attitude habituellement réservée et calme des Japonais; et qu'ils se soient approprié certains codes occidentaux jusque dans leurs concerts d'instruments traditionnels. On se croirait presque devant un groupe de rock! ![]()
Après le concert, nous nous baladons dans les rues adjacentes, découvrant les façades élégantes, mystérieuses et opaques des maisons de thé du quartier. Un monde qui nous est fermé, à nous simples touristes occidentaux. Que les Japonais préservent jalousement certains pans de leur culture est frustrant pour les étrangers, mais peut-être est-ce la condition de leur survivance?
24 juillet 2007
The Pink Cow
Cela fait presque un mois que nous sommes au Japon, loin de nos familles et de nos amis. L'internet permet fort heureusement de garder le contact, mais il reste purement virtuel et quelque peu frustrant! Maintenant que nous avons pris nos marques, le besoin d'une vie sociale réelle se fait de plus en plus sentir. Comment faire quand on ne parle pas la langue du pays, et quand les Japonais sont réputés être très pudiques et ne tisser de liens amicaux que sur le très long terme? Pour le moment, nos contacts locaux (hors commerçants) se limitent à nos voisins: un couple de petits vieux qui fument leur cigarette sur le palier le soir, et avec qui j'échange un souriant "konbanwa" (bonsoir) lorsqu'il m'arrive de les croiser. A tout hasard, je consulte les magazines gratuits anglophones, à la recherche de manifestations culturelles par et pour les expatriés. J'entoure également les petites annonces proposant des échanges de conversations japonais/anglais ou des visites guidées bénévoles de la capitale, mais j'hésite à y répondre. Je ne sais pas sur qui je peux tomber... ![]()
Changeons un peu, nous passons la soirée dans le quartier de Shibuya pour une fois. Nous nous éloignons du grand carrefour de la gare pour nous perdre dans des ruelles calmes et résidentielles jusqu'au Pink Cow. Ce petit bar-restaurant propose une cuisine internationale et diverses animations artistiques (concerts, rencontres thématiques, ateliers de dessin atypiques...). Aujourd'hui, le Tokyo International Players y organise une lecture de pièces de théâtre contemporaines en anglais. Dans une ambiance bohème, tamisée et chaleureusement désordonnée, tout en écoutant les histoires courtes lues au micro, nous nous régalons de burritos au poulet et de veggie burger. Je sirote mon coca tandis que Pierre se la joue "Big Lebowski" en commandant un White Russian. Les histoires sont divertissantes mais pas géniales non plus. En revanche, l'ambiance est extra et nous avons grand plaisir à être là! A nouveau, je constate combien le cadre et les plats occidentaux me font du bien, contrastant avec notre quotidien typiquement nippon. Aurais-je déjà ma dose de Japon? J'espère pas, quand même!
Après le dîner, nous retournons dans le quartier animé de la gare de Shibuya. Un petit tour dans une salle d'arcades avant de nous balader du côté de Dôgenzaka à la recherche de la fameuse colline de love hotels... que nous ne trouvons pas. Tant pis... On aurait été curieux de voir ça de plus près!
23 juillet 2007
Harry Potter à Shinjuku
Shinjuku est en train de devenir notre repaire! C'est un quartier très dynamique, particulièrement bien desservi par le métro depuis chez nous. Nous y trouvons en vrac: des magasins d'informatique, la plus grande papeterie de la ville (paraît-il), l'énorme librairie Kinokuniya avec son rayon international, des salles d'arcades à profusion, pléthore de restaurants, cafés et fast food, des magasins de vêtements (où Pierre m'aide à choisir un yukata, après que nous ayons été régler le loyer), d'indispensables distributeurs automatiques de billets acceptant les cartes bleues étrangères, Sakura House où je viens m'approvisionner en précieux magazines gratuits destinés aux anglophones (avec des idées d'excursions, des bonnes adresses et le calendrier des événements culturels)... Sans parler des gratte-ciels d'où l'on peut voir le panorama sur la ville, et de la gare routière, promesse d'escapades autour de Tokyo.
Ce soir, nous avons envie de nous faire une toile, et c'est pour ses salles de cinéma que nous nous attardons dans le quartier. Après avoir tourné en vain sans trouver, demandé notre chemin à un autochtone sans comprendre ses indications, puis renoncé à chercher... nous tombons dessus par hasard. Plusieurs cinémas se répartissent autour d'une grande place carrée, bordée par des rabatteurs aux airs de yakuza. Les clubs privés du Kabukicho ne sont pas loin... Pour notre part, nous préférons aller voir Harry Potter and the Order of the Phoenix, en VO sous-titrée en japonais s'il vous plaît. Prononcer "Hally Potato"! ^^
Le prix de la place (plein tarif) avoisine les 10 euros. C'est cher, mais pas plus qu'en France. Dans le cinéma, un petit stand propose des produits dérivés du film, en face de la boutique de popcorn et autres friandises. Nous nous installons dans la salle - qui ressemble à n'importe quelle salle française. La séance commence et nous voilà partis loin d'ici, en Angleterre, aux côtés des héros de l'histoire, pendant plus de deux heures et quart... si bien que lorsque les lumières se rallument, nous sommes tout surpris d'être entourés de spectateurs aux têtes brunes et aux yeux bridés. Nous avions oublié que nous étions au Japon, et mine de rien... ça nous a fait du bien! Ce que c'est que le pouvoir du cinéma!
Si l'Ordre du Phénix n'est pas le meilleur film de la série (le réalisateur profite des acquis de ses prédécesseurs mais n'apporte rien d'original, et les personnages sont tout sauf attachants), l'univers de JK Rowlings reste très fort, tout comme la culture anglo-saxonne avec laquelle nous nous sentons des affinités particulières. En sortant du cinéma, tout en marchant vers notre restaurant de grillades préféré, nous nous prenons à penser à de prochains voyages...
(Les photos de cet article, hors images promotionnelles d'Harry Potter, ont été prises à Shinjuku le 12/09/2007)
Stupeur et règlement
Cet après-midi, nous nous rendons dans les locaux de Sakura House pour payer le loyer du mois d'août. Premier constat: impossible de retirer le montant nécessaire à la banque, les retraits dans les distributeurs automatiques étant limités à 100.000 yens par jour (environ 600 euros). Tant pis, nous paierons par carte bleue, dans ce pays adepte du cash. Deuxième constat: après avoir bénéficié de la légendaire amabilité des Japonais, nous nous frottons pour la première fois à leur non moins légendaire esprit procédurier.
N'étant là que pour trois mois et connaissant d'ores et déjà notre date de départ du Japon, nous avons convenu dès notre arrivée d'une date de check-out avec l'employée qui nous a donné les clefs. Ce soir, nous tombons sur une autre jeune femme qui examine notre dossier. Elle nous dit alors (en anglais):
- "Ah, il faut payer aussi le mois de septembre!
- Pardon?
- Oui, c'est le règlement. Il faut payer le dernier mois.
- Attendez... Vous voulez qu'on paye deux mois d'un coup? Depuis quand? Et pourquoi? ![]()
- C'est marqué ici: " Vous devez nous notifier votre date de départ trois semaines à l'avance. Merci de nous régler le solde du loyer à partir du moment où le rendez-vous pour le check-out est pris."
- Je comprends la clause pour les locataires qui ne savent pas quand ils vont partir. Mais nous, on connaît notre date de départ depuis le début et notre check-out n'est que dans deux mois!
- Puisque vous avez pris le rendez-vous pour le check-out, vous devez régler le solde du séjour."
En effet, un petit paragraphe l'indique noir sur blanc sur le contrat de location. Derrière elle, les autres employés de Sakura House, habituellement penchés sur leur bureau, commencent à lever la tête et à jeter des regards vers nous. Leur visage n'exprime rien, mais je les imagine pester intérieurement sur ces gaijin (étrangers) qui font des histoires! L'un d'entre eux échange quelques mots avec notre interlocutrice. Elle revient vers nous et confirme:
- "C'est bien ça: comme vous avez rendez-vous, vous payez le dernier mois."
Quelle logique implacable! Comme
il est hors de question que nous payions deux mois de loyer d'avance,
il faut trouver la faille dans son raisonnement.
- "Cela signifie que si on annule le rendez-vous, on pourra payer le solde dans un mois?
- Oui.
- C'est stup... c'est bizarre! ![]()
- ... (elle reste de marbre)
- Ecoutez, c'est une de vos collègues qui nous a donné ce rendez-vous, le jour de notre arrivée. Elle savait que nous restions trois mois, depuis le début, et elle ne nous a demandé qu'un seul mois de loyer!"
Son visage se trouble... Elle consulte à nouveau son collègue pour lui transmettre cette nouvelle donnée. Les voilà bien embêtés: comment gérer ces informations contradictoires venant d'une personne de la même équipe tout en restant cohérent vis-à-vis du client? Finalement, elle acceptera que nous ne réglions le loyer de septembre que fin août, ceci sans annuler le rendez-vous du check-out... ce qui nous paraît tellement évident!!
Nous sortons de Sakura House plus que perplexes: ébahis par l'attitude bornée des deux employés. Le règlement est le règlement, pas question de faire autrement, même si ça donne lieu à une situation absurde! Petite pensée pour Amélie Nothomb...
Exilés et voyageurs
Ca fait presque un mois que nous sommes au Japon, et il faut bien avouer que nous n'avons pas du tout le mal du pays. Comme on se sent plus léger, à l'autre bout du monde et presque sans bagages! Je ne pensais pas que ce serait si facile de tout quitter - ça l'est sans doute d'autant plus qu'une maison nous attend, à notre retour en France...
Je me prends à penser à tous ces exilés dont j'ai tant entendu parler par mes parents. Ces gens qui ont dû tout abandonner - maison, travail, biens, conjoint et enfants parfois - pour partir en catastrophe du Vietnam à la fin de la guerre. Ces familles éclatées sur tous les continents... Moi-même, j'ai des parents éloignés en France, aux Etats-Unis, au Canada, en Australie, au Brésil, en plus de ceux restés au pays. Jusqu'ici, l'évocation de cette séparation m'avait toujours fendu le coeur. Je ne pouvais y penser sans ressentir une vive déchirure, sans entrer en empathie avec ceux qui avaient dû reconstruire leur vie entière ailleurs - certains avec beaucoup de réussite. Aujourd'hui, je me dis que j'ai peut-être surestimé le poids d'un tel destin; que peut-être, tous ces gens sont partis sans un regard en arrière, forts et courageux précisément parce qu'ils étaient sûrs de trouver mieux devant eux. Oui, aujourd'hui je crois que ce changement de vie est possible, qu'on peut partir sans regret. Laisser tout derrière, et en être soulagé...

Vue sur Tokyo depuis notre palier
C'est par une nuit d'hiver que nous avons décidé ce voyage au Japon. Nous ne trouvions pas le sommeil, l'esprit agité par mille pensées parasites. A cinq heures du matin, nous nous sommes retrouvés dans le salon à mettre notre vie sur la table et faire les constats suivants: nous étions en train de nous étioler, la routine était en train de miner notre inspiration artistique, et nous avions besoin d'un grand changement.
- "Je ne sais pas, moi! A la limite, un truc comme partir en Inde dans un ashram pendant six mois!, ai-je lancé à moitié sérieuse, à moitié en plaisantant.
- Ah ouais... Et pourquoi pas, après tout?", a répondu Pierre, saisissant l'idée au vol.
Dans ma tête, un rayon de soleil a percé les nuages. Jusque là, assoiffés de découvertes, nous avions toujours fait des voyages-marathons, multipliant les étapes au cours d'un même périple. A peine tombés sous le charme d'un lieu, nous repartions vers d'autres aventures, toutes aussi séduisantes mais toutes aussi frustrantes par leur brièveté. Combien de fois avais-je exprimé le désir de voyager autrement, de nous poser, enfin, et de savourer lentement? Envie de vivre un pays au rythme du quotidien, parmi ses habitants, suivant le mode de vie local!
Cette nuit-là, nous avons évoqué le Canada, qui s'est souvent retrouvé dans nos projets de voyages, mais qui nous sembla trop proche de ce que nous connaissions, trop occidental pour le coup! Très vite, le Japon s'est imposé par son caractère fascinant et paradoxal. Cet Orient exotique nous était curieusement familier à travers les films et les séries télé. Il évoquait un parfum d'enfance, alors même que nous n'y avions jamais mis les pieds. Ah, voir le Tokyo de Blade Runner, celui de Maison Ikkoku, les gratte-ciel et les pachinko! Depuis très longtemps, nous en avions tous deux envie mais ça avait toujours été reporté avec une sorte de crainte respectueuse. C'est un pays qui vivrait bien en autarcie s'il le pouvait, et qui ne s'ouvre que très progressivement au tourisme étranger. Les voyages organisés par les agences sont hors de prix. Et comment se débrouiller sans connaître la langue, sans lire les idéogrammes?
Nous avons fait ce pari - je me disais qu'en quelques mois, j'aurais bien le temps d'apprendre quelques rudiments de japonais... erreur, d'ailleurs!
J'ai acheté le Lonely Planet et le Petit Futé; je les ai lus en long, en large et en travers; j'ai épluché les informations, pris des notes, évalué le budget. Pour des raisons de visa, nous avons réduit notre ambition de six mois à trois. D'habitude, je programme les voyages avec une précision maniaque: les hébergements, les restaurants, les sites à visiter, les événements auxquels assister, les itinéraires optimaux, la durée des trajets... Mais essayer de planifier trois mois de séjour m'a vite donnée le tournis. C'était impensable (et pas forcément souhaitable)! Certaines informations n'étaient accessibles que sur place; certaines escapades étaient tributaires de la météo, dans ce pays sujet aux ouragans d'été. Pour la première fois, j'ai dû accepter de ne pas pouvoir tout contrôler à l'avance, et de laisser une marge à l'improvisation... rendue possible et confortable par la durée de notre séjour! ![]()
22 juillet 2007
La faune de Shinjuku
Ce soir, je parcours le quartier de Shinjuku pour prendre les photos qui manquent pour illustrer mon blog. A la sortie Est de la gare, le fameux tableau de messages de My City a disparu depuis longtemps au profit des téléphones portables. Dans le manga City Hunter, il suffisait aux jolies femmes d'y écrire "XYZ" pour que Ryo Saeba (Nicky Larson) vole à leur secours... Ici et là, de petits concerts de rue. Un jeune rocker aux cheveux multicolores s'agite, entouré de ses groupies. Ca fait plus de bruit que de musique!
Dans le quartier "chaud" de Shinjuku, le Kabukichô, je me promène sans être importunée - toutes les fantaisies se déroulant à l'intérieur des bâtiments et restant insoupçonnables de l'extérieur. A un angle de rues, je tombe sur d'immenses panneaux d'affichage où s'étalent les photos de jeunes hommes efféminés - un canon de beauté au Japon, et une image de l'homme qui rassure les Japonaises car à l'opposé de celle du père de famille viril et tyrannique. Ce sont des publicités pour les Host Clubs, ces clubs privés où les Japonaises en mal d'affection viennent chercher la -coûteuse- compagnie d'androgynes doux et prévenants. Celui dont la photo est affichée en plus gros est le "number one", le favori de ces dames en ce moment. Officiellement en tout cas, les hosts ne sont pas payés pour coucher, mais pour plaisanter, servir à boire, dire des gentillesses et laisser imaginer à chaque cliente qu'elle est sa préférée...
Les clichés en boîte, je décide de dîner au Negishi, petit restaurant de grillades déjà testé avec Pierre. Devant la devanture, un mouvement furtif attire mon regard sur le côté. Tiens? Je me rapproche. Dans la remise à ordures de l'immeuble, en effet, de petites bosses remuent derrière les sacs plastiques. Ce sont des rats qui font les poubelles! J'en connais une qui aurait bondi dix mètres en arrière à ce spectacle, mais il se trouve que j'adore les rongeurs.
Et je pense à Ratatouille, le prochain film des Studios Pixar dont la sortie au cinéma est imminente et très attendue! Voilà Remy et toute sa famille:
Je voulais voir des animaux à Tokyo, j'ai été servie! ![]()
21 juillet 2007
Le zoo de Ueno
Je ne peux pas rester longtemps sans contact avec des animaux. A la maison (en France), il me manquerait quelque chose si je n’avais pas un chat à caresser ou un rongeur à dorloter (mais comme c'est triste lorsqu'ils nous quittent, au bout de leur courte vie!). Nous avons la chance d’habiter près d’un bois. Dans notre jardin, j’observe parfois des écureuils, des hérissons, des fouines, des mulots, sans parler des oiseaux de toutes sortes: pies, merles, corbeaux, moineaux, pigeons, mésanges, rouges-gorges, pics-verts... Après la pluie, les grenouilles sortent et se partagent les allées avec les limaces. La nuit en été, quand on est attentif, on voit des lucioles dans l’herbe et des chauves-souris dans les airs. Une fois, j’ai même vu un renard traverser la rue, furtivement. Un autre soir, en revenant de Paris, j'ai fait un écart avec la voiture pour contourner un lapin qui s'était recroquevillé dans le caniveau ("mais qu'est-ce que tu fais là, toi!!")
A Tokyo, il faut nous contenter des corbeaux et des quelques chats errants qui habitent en bas de l'immeuble. Ceux-là sont farouches et ne se laissent pas approcher. J'ai bien essayé d'en amadouer un avec un bout de viande, une fois, mais il l'a superbement ignoré.
Les animaux me manquent... Aujourd'hui, c'est décidé, je vais au zoo de Ueno!
En ce samedi après-midi de juillet, le parc d'Ueno est animé. Les familles, les jeunes couples et les badauds se promènent au milieu des arbres et des SDF. Un match se joue sur un terrain de baseball entouré de grillage. Un petit attroupement s'est formé autour d'un jongleur de kendama (sorte de bilboquet) aux faux airs de Peter Pan: Ito Yusuke. Il est doué (voir les vidéos sur son site web)! Je regarde son spectacle jusqu'au bout avant de prendre mon ticket pour le zoo. Non loin de l'entrée, la grande vedette du zoo: le panda géant! Les Japonais montrent une nouvelle fois leur esprit discipliné et font une longue queue pour admirer l'animal... qui nous tourne le dos sans cérémonie! Tant pis! Je me rattrape avec les pandas roux: de grosses peluches vivantes avec lesquelles je tombe en amour. Comme de nombreux animaux -je le constaterai- ils tournent en rond en tirant la langue, assommés par la chaleur estivale.
Les animaux bénéficient d'un traitement inégal. Certains, comme le tigre, ont un espace relativement bien aménagé (mais tellement dérisoire, comparé à leur territoire naturel...), d'autres font du sur-place dans un mouchoir de poche (pauvre castor!). Petite pensée pour Alice, le personnage de Please Save My Earth, qui visite le zoo et notamment l'enclos des pingouins dans le premier tome du manga.
Comme je suis arrivée tard et que le zoo ferme tôt, je n'ai pas le temps d'en visiter la partie basse. Je reviendrai une autre fois! Peu avant 17 heures, les hauts-parleurs diffusent une version aux violons de Ce n'est qu'un au revoir qui me fait sourire. On l'entend dans de nombreux commerces à la fin de la journée, depuis les grands magasins d'Ikebukuro aux boutiques d'informatique de Shinjuku. Dans ce pays, les commerçants semblent heureux de vous voir dans leur boutique (que vous achetiez un ordinateur ou une boîte de coton-tiges), et tristes de vous en voir repartir (là j'exagère, mais c'est l'idée que veut exprimer cette petite musique). Ca change d'un certain autre pays que je connais... Ahem. ![]()
Après le zoo, je flâne encore un peu dans le parc. C'est l'été, les Japonaises en yukata ne sont pas rares. J'aimerais bien prendre plus de photos des habitants, mais il semble vraiment que les Japonais n'aiment pas être photographiés sans permission préalable: ils s'écartent dès qu'ils constatent être dans le champ de l'objectif. Je m'arrête pour savourer un épi de maïs grillé tout en regardant passer la foule. Deux Japonaises, gracieuses malgré leur âge mûr, me demandent leur chemin. Lol... Je passe donc bien pour une locale. Je réponds une phrase que je ressortirai souvent: "Sumimasen... Nihongo wakarimasen" (Excusez-moi... Je ne comprends pas le japonais).
Depuis un moment, j'entends de la musique au loin. Je m'approche de la source: une salle de concerts semi-couverte dans laquelle se déroule un festival gratuit de musique folkorique (enfin je crois). A mon arrivée, des geishas viennent juste de terminer leur numéro (zut! j'aurais bien aimé voir ça!). Elles font place à un groupe de... hum... leur style est indéfinissable pour nous Français. C'est rose, c'est joyeux, c'est ringard, mais au final ça a quelque chose d'entraînant et d'attachant! S'ensuit une fanfare et ses pompom girls... Et oui, c'est aussi ça le Japon: une juxtaposition d'images de toutes les époques et de tous les styles, et une récupération des codes occidentaux qui laissent perplexe ou qui amusent le visiteur! ^^
D'autres groupes attendent leur tour pour entrer en scène, mais je passe mon chemin. Dernier arrêt dans une librairie du quartier où je cherche en vain le dernier tome d'Harry Potter, sorti aujourd'hui dans le monde entier. Ca n'a pas l'air d'être un événement particulier ici! Je rentre à la maison. Avec Pierre, nous dînons au Jonathan's, notre cantine favorite dans la rue Kagurazaka. Ouverte 24/24h, avec ses serveurs que l'on appelle à l'aide d'une sonnette et son bar de boissons à volonté, cette chaîne propose des plats variés à petits prix. Cette fois-ci, je commande une pizza, et je me rends compte que cela fait des semaines que je n'avais pas eu le goût du fromage grillé sur la langue! Quelle émotion, mes amis! Comme c'est bon!! Il n'y a pas à dire, la cuisine occidentale commence sérieusement à me manquer! ![]()
20 juillet 2007
Ma petite collection de franponais
J'ai découvert le franponais sur un site web qui m'a valu de bonnes crises de fou rire. Pour en savoir plus sur cette merveilleuse langue, lisez donc sa FAQ. ![]()
Quelques petits exemples glanés ici et là par votre serviteur:
à Narita

Une boulangerie chaude qui vend des petits pains chrétiens?
à Yokohama

Quelques mots clés en vrac et on obtient un nom de restaurant!
à Kamakura

On aura au moins évité le "Salon de plus bien"... L'orthographe, c'est délicat... Surtout l'orthographe de le français...
à Shimoda

Vu en allant vers la plage dé Kisami-Osama.
à Tokyo

L'accent aigu est si délicieusement franponais! Un chat, un château, un châtaigne, normal quoi!
Yokohama
Encore une nuit à se coucher tard et un matin à se lever tard... Dehors, il fait chaud et lourd. Depuis la gare de Shibuya, nous nous rendons à Yokohama, la deuxième ville du Japon par sa taille, à 30 ou 40 kilomètres de Tokyo. Le personnage de Lynn Minmay, dans la série animée Super Dimension Fortress Macross (Robotech première génération), était originaire de son célèbre Chinatown. ^^
Nous pensions pouvoir marcher entre deux sites: erreur! Les distances sont bien plus grandes qu'elles ne le paraissent sur le plan. Nous voilà ainsi à errer pendant des plombes dans un no man's land industriel. Pour soulager nos pieds, éviter de chercher davantage notre route et tester un moyen de locomotion original, nous finissons par recourir à un vélo-taxi qui nous emmène au Minato Mirai 21, l'un des quartiers phares de la ville.
Nous déjeunons dans une sorte de boulangerie-pâtisserie-salon de thé au parfum d''Hexagone: Vie de France, une boutique prise en flagrant délit de "franponais". Au Japon, la langue française est souvent utilisée pour promouvoir la mode ou la gastronomie. Mais curieusement, les Japonais ne semblent pas juger utile d'en vérifier la grammaire, l'orthographe, ni même parfois le sens. Cela donne lieu à de véritables perles dont s'amuse le touriste francophone. A Vie de France, donc, nous nous régalons de délicieux beignets pomme/fromage blanc. J'essaye un nectar banane-sésame que je ne termine pas: son goût n'est pas mauvais, mais son apparence de béton liquide est assez dissuasive. ![]()
Une des attractions touristiques de Yokohama est la Landmark Tower, le bâtiment le plus haut du pays (295,8 mètres). L'ascenseur le plus rapide du monde (45 km/h) conduit à son sommet, le Sky Garden. Pour l'emprunter, nous suivons un couloir digne d'un film de science-fiction. On se croirait dans Bienvenue à Gattaca... Dans l'ascenseur au plafond étoilé et orné d'une galaxie en spirale, une hôtesse nous accueille et appuie sur le bouton. C'est parti! L'ascenseur est en effet incroyablement rapide, mais ce n'est pas très agréable. Nous en sortons avec une vague nausée et les oreilles qui sifflent. Des baies vitrées permettent de contempler le panorama. De jour, la ville est... moche, mais de nuit, elle doit être magnifique si l'on en croit les photos. L'étage compte une boutique de souvenirs, un café, et quelques petits aquariums où poissons étranges et méduses tournent en rond, loin de leur océan (les pauvres!).
La sensation de tanguer est tenace. La hauteur du bâtiment nous met d'autant plus mal à l'aise que nous ne pouvons nous empêcher de penser à ce qui arriverait en cas de soudain tremblement de terre. Redescendons vite... C'est le cas de le dire, puisque la descente est aussi rapide que la montée.
Petite marche vers la mer, en passant par le Cosmo World, un parc d'attractions où Pierre essaye le Diving Coaster Vanish!, une montagne russe toute rose qui a pour particularité d'entraîner ses passagers dans un trou béant, ouvert au milieu d'une piscine. Il en ressort avec un sourire jusqu'aux oreilles. Ca fait du bien, un petit coaster pour la route! ![]()
Arrivés au Yamashita-koên, un parc donnant sur le front de mer, nous faisons une halte sur un banc. Non sans surprise, nous observons de gros poissons jaillir hors de la mer puis retomber dans une gerbe d'éclaboussures. De quelle espèce peut-il bien s'agir...? Le soir tombe. Nous nous dirigeons à présent vers le quartier chinois, le fameux Chinatown délimité par de superbes portiques. Un petit coin de Chine en plein Japon - les Occidentaux ne font pas forcément la différence, mais pour Pierre et moi, le changement est revigorant après tant de japonitude! Ici, les architectures, les odeurs ne sont pas les mêmes. C'est presque l'heure du dîner... Y'en a marre des sushis, à nous le riz cantonais et le porc laqué! ![]()
Certaines façades de restaurants sont somptueusement ouvragées. Malheureusement, les prix des menus sont conséquents, pour un choix de plats qui ne nous semble pas exceptionnel comparé aux restaurants du treizième arrondissement de Paris. La déco primerait-elle ici sur la gastronomie, contrairement au quartier chinois parisien où ça serait plutôt l'inverse? Impossible de trouver une seule bonne rôtisserie par exemple. Nous finissons par faire un repas médiocre dans un petit restaurant, pour une addition qui n'est pas si modique. Quelle déception!
L'escapade touche à sa fin. Nous marchons vers la station de métro qui nous ramènera à Tokyo. Sur le chemin, nous longeons un gymnase éclairé. Mûs par la curiosité, nous nous rapprochons et regardons par l'entrebaîllement de la porte: il y a entraînement de kendo. Dans de beaux costumes, des hommes masqués s'affrontent à coups de sabres de bois. Il s'en dégage à la fois une grande énergie et une élégante dignité. Nous restons un moment à les admirer avant de rentrer chez nous.


































































